[Notes de recherche} Vaincre l'instant - Essai d'une dialectique mésopratique de la performance sportive au plus haut niveau
Cet article part d'un constat empirique solide : au niveau des Jeux olympiques ou d'une finale de Coupe du monde, les organismes en présence sont physiologiquement quasi indifférenciés. Le modèle explicatif dominant — additionner des facteurs (physique, technique, tactique, « mental ») pour prédire une victoire — échoue précisément là où l'écart se joue. Nous proposons de sortir de ce modèle additif pour penser la performance comme le produit d'une médiation en temps réel entre un capital incorporé (l'histoire du corps) et une situation singulière (l'instant de l'épreuve). Le paramètre mental, loin d'être un facteur parmi d'autres, y occupe une fonction d'opérateur : c'est lui qui décide si la médiation réussit ou échoue. Cette hypothèse s'appuie sur la convergence de trois corpus rarement articulés entre eux : la dynamique écologique du mouvement (Newell, Araújo, Davids), la sociologie des dispositions incorporées (Bourdieu, Elias) et la psychologie cognitive de la performance sous pression (Baumeister, Wegner, Eysenck, Bandura). Nous en tirons un modèle — le modèle mésopratique — et une proposition théorique destinée à être discutée, non close. Une dernière section étend ce modèle au fait collectif : en sport d'équipe, la victoire suppose une médiation de second ordre — la synchronisation, sans arbitrage centralisé, d'une pluralité de médiations individuelles simultanées.